Pas facile de choisir une haie qui soit à la fois variée, robuste, rapide de pousse et facile d'entretien... Les erreurs existent et les jardiniers interviewés sont là pour en témoigner. Le message passe petit à petit : ne vous précipitez pas sur une haie monovariétale de type thuyas, troènes, laurier cerise, pyracantha, cyprès de Leyland, if... Ce sont assurément les moins chers du marché pour se constituer des mètres d'« écran » mais les inconvénients ne sont pas anodins : propagation des maladies et des parasites à toute la haie ; un effet décoratif minime ; une intégration moyenne dans le paysage ; un aspect trop uniforme ; des tailles trop fréquentes et nécessaires pour obtenir un résultat satisfaisant... Bref, les haies monovariétales, bien que très courantes, ne sont pas la panacée. Préférez une haie diversifiée, plus esthétique (diversité des essences à fleurs, fruits, feuillage panaché...) et plus écologique (un gîte et un couvert pour la faune du jardin). C'est dit. Mais en pratique ? Est-ce si facile d'installer une haie diversifiée ? N'a-t-elle pas aussi son lot de soucis à résoudre ? - une pousse irrégulière en fonction des espèces - un entretient (la taille) différent et différé selon la variété - un encombrement plus ou moins important - toutes les espèces ne créent pas un écran contre le vis-à-vis - harmoniser les couleurs, les contrastes, les floraisons - vérifiez que les variétés conviennent à la terre, l'exposition, le climat.
Enfin, est-ce si facile de mettre « à sac » une généreuse haie monovariétale qui joue parfaitement son rôle d'écran et repartir de zéro ? « Oui », assure Christian Chabert, jardinier à Carpentras, « à condition de ne pas le faire d'un coup pour ne pas dénaturer le jardin; pour ma part, je remplace petit à petit depuis 4 ans ma haie de lauriers amandes installée il y a 30 ans ! ». De son côté, Henri Gottrand, jardinier à Sequedin dans le Nord, n'a pas hésité à supprimer d'un trait sa haie de troènes qui longeait le long du garage. « Elle était monotone et astreignante », commente M. Gottrand, « au moins 3 tailles par an ! ». Aussi, n'a t-il rencontré qu'un seul problème dans la mise en place de sa nouvelle haie : l'encombrement de ses arbres. « Il a fallu que j'enlève deux arbustes qui étouffaient sous les autres ». Belle réussite au final pour sa haie dans laquelle il a intégré 2 rosiers grimpants et 1 clématite qui apportent une note de charme à l'ensemble. Après 3 ans, la haie diversifiée atteint déjà 2m. « A condition de planter des arbustes de 80cm à 1m de haut, précise le jardinier. Plus petits, le résultat est plus long avec une impression de haie chétive au départ; plus gros la reprise est plus difficile ». La haie diversifiée a ainsi l'avantage d'offrir au jardinier un petit paysage à sa portée jouant sur la hauteur, le mélange des feuillages verts, panachés, rouges et leur texture. Didier Fontaine, responsable du jardin des Jardiniers de France à Valenciennes a testé ce type de haie mais reconnaît quelques fautes : « C'était une erreur d'imaginer une haie brise vent avec un houx au côté d'un sapin bleu (manque de contrastes, manque de place). Le houx aurait pu être maintenu à une certaine hauteur mais pas le sapin, qui, avec son port érigé, aurait mérité d'être seul... ».
La haie diversifiée n'est pas insurmontable et les erreurs sont souvent dues à un manque d'observation et de bon sens. Elles n'en demeurent pas moins les plus jolies pourvu que le jardinier parvienne à créer une ambiance de couleurs, de floraisons, de formes. Nul doute qu'aucun ne regrette sa haie de thuyas monovariétale, monochrome et monotone... Henri Gottrand, intervenant des Jardiniers de France, Sequedin (Nord) Ne plantez pas serré ! « J'ai remplacée ma haie de troène par une haie diversifiée et naturelle. J'ai donc opté pour ce savoureux mélange d'essences : troène, seringua, genêt, deutzia, if, laurier-tin, aucuba, hortensias, le tout agrémenté de 2 rosiers grimpants et d'une clématite. J'ai à la fois des arbres fleuris, une majorité de persistants et surtout qui me demandent moins de travail. Les tailles se font de manière échelonnée toute l'année et au sécateur ce qui donne un aspect plus sauvage. Je coupe les branches qui m'embêtent. Les arbustes ont ainsi gardé tout leur naturel. Cette haie n'est pas plus large que celle des troènes. J'ai quand même dû enlever deux arbustes qui gênaient les autres. Je les avais plantés trop serrés. Il faut laisser au moins 1m entre chaque arbuste. Les rosiers grimpants ont naturellement fait leur place ; de temps en temps je raccroche une branche à la clôture. La clématite pousse sur l'hortensia. Cette haie est assez libre ; je me contente de maintenir une certaine hauteur à l'ensemble des arbres ; le laurier, par exemple, a tendance à filer, donc, je le rabats tous les ans à la même hauteur que les autres ».
Didier Fontaine, responsable du jardin des Jardiniers de France, Valenciennes Gare à la concurrence ! « Les arbustes d'une haie diversifiée n'ont pas le même développement. Les plus vigoureux comme le buddleia, le wegelia, le forsythia peuvent vite faire de l'ombre aux plus lents comme le fusain, l'elaeagnus, le laurier-tin, s'ils ne sont pas maitrisés. Nous avons fait l'expérience avec un buddleia alternifolia : il a très vite dépassé les autres, se dégarnissant du bas, ce qui le rendait moins joli; il est nécessaire de le rabattre régulièrement. 2ème erreur : la haie a débuté trop prêt d'un immense saule têtard ; le Mahonia placé à proximité ne s'est pas développé correctement ; il a bénéficié de peu de lumière, d'eau et de nourriture sous le saule. N'hésitez pas à mettre de la distance entre les arbres au moment de la plantation (on n'imagine pas assez l'arbre à taille adulte), et fertilisez régulièrement les plus jeunes, concurrencés par ceux déjà bien en place. On rencontre ce même problème lorsque l'on remplace un arbre au cœur d'une haie déjà bien formée ».
Soyez avertis de vos choix - La bouture est économique et possible, mais requière de la patience si vous optez pour des variétés qui poussent très lentement (buis, oranger du Mexique, fusain, elaeagnus, laurier-tin...). - Grands arbustes : avant de planter, il est recommandé de se renseigner sur la taille de l'arbuste (risque-t-il d'étouffer ses voisins ?) mais surtout son diamètre qui indique la distance de plantation. - Des bambous. Vous pourriez être tenté d'introduire dans votre haie des bambous pour former rapidement un écran. N'oubliez surtout pas la barrière anti-rhizome, indispensable pour éviter qu'ils envahissent le jardin et celui du voisin. - Des fleurs. Les arbustes fleuris égaillent et dynamisent votre haie. Mais la plupart sont caduques et certains se taillent court après floraison (certaines variétés de spirée, buddleia...). Attention aussi à l'effet recherché : une floraison échelonnée ou en même temps. Autre option, installez au pied de votre haie des grimpantes : capucines, ipomées, pois de senteur, thumbergia, volubilis (annuelles), mais aussi clématite, glycine, fleur de la passion, ou des vivaces (géraniums vivaces, campanules). - De la variété. Certes, il est important de mélanger des variétés différentes mais attention de ne pas tomber dans l' « échantillonnage ». Installez plusieurs arbres de même variété pour créer un effet de masse. Christian Chabert, intervenant JDF, professeur horticole, Carpentras (Vaucluse) Petit à petit la haie fait son nid « J'ai fait comme tout le monde : dans les années 70, j'ai planté une haie uniforme de lauriers amandes disponibles partout en France pour pas très cher; malheureusement, ils ne supportent pas la sécheresse et le calcaire, sans parler d'un parasite (le scolyte) qui les dessèche complètement et localisé à 20km d'ici ! Donc, depuis 4 ans, je les remplace petit à petit ; je garde ceux qui me protègent du vis-à-vis. J'opte pour des variétés locales qui se plaisent dans ma terre et sous nos climats, comme l'érable de Montpellier. Je mélange aussi des variétés dont la plupart poussent facilement (cotonéaster, laurier tin, cognassier du Japon, laurier rose, noisetier vert, pourpre, lilas, chêne vert et arbousier, enfin le buis qui pousse plus lentement). Soit je les place en quinconce devant mes lauriers amandes (dont j'ai dégagé le tronc à 1m du sol pour laisser entrer la lumière), soit ils prennent la place des lauriers amandes que j'ai arrachés. J'ai aussi glissé dans ma haie quelques grimpantes (glycine, volubilis, bignone). J'ai ainsi une haie diversifiée, fleurie, qui nourrit les oiseaux et loge la faune. Et devant la haie, j'ai installé des fraisiers qui se multiplient ». | Exemple d'arbustes à fleurs (lilas de Californie, lilas, Lagerstroemia, seringat, wegelia, buddleia, potentille, spirée, tamaris, rosiers paysagers...), d'arbustes persistants (photinia, cotoneaster, aucuba, laurier-tin, if, viburnum bodnantense, Abelia floribunda, Abelia 'Edward Goucher'...), d'arbustes persistants et fleuris (Mahonia, Elaeagnus, Berbéris, oranger du Mexique), de feuillage panaché (fusain, Lonicera nitida 'Baggesen's Gold'. |

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