Les semis précoces sont pour le jardinier un moyen de jardiner avant l'heure et de consommer des légumes en primeur. Sont-ils pour autant économiques et écologiques ? A moins d'être bon bricoleur et le pro de la récup, vous devez investir dans l'achat d'une serre. Si vous n'habitez pas dans le sud, il est difficile de se passer d'un petit mode de chauffage électrique. Il faudra tenir compte des frais d'électricité, et éventuellement du gaspillage dû aux semis ratés. Sans parler de la perte de temps en cas d'échec, même si tout jardinier qui jardine est un jardinier heureux. Jean-Maurice Willebien, correspondant local des JDF à Masny (Nord) « Chauffage, lampe, je déploie les moyens » « J'organise bénévolement un grand marché aux fleurs en mai. Je dois commencer mes semis dès la fin février. Je possède un très grand tunnel non chauffé ; j'installe donc une serre en plastique à l'intérieur de la grande serre que je chauffe pour atteindre les 15 degrés. J'utilise des barquettes en polystyrène (comme les poissonniers). J'achète du terreau de semis. Je sème ensuite toutes les fleurs annuelles et quelques légumes (tomates, courgettes, cornichons,...). Pour faciliter la levée, je place mes graines quelques jours dans le frigo pour déclencher la germination. Quand les jours sont courts, comme en février, j'ajoute une lampe ».
Armand Burk, lecteur de la revue à Aubencheul-aux-Bois (Aisne) « Une serre de récup et beaucoup de plaisirs » « Les ¾ de mon jardin sont issus de semis sous serre. Dès le 15 janvier, je fais mes 1er semis grâce à un système maison que j'améliore depuis 15 ans. Je commence par les tomates, poivrons, aubergines et bien sûr salades. Je n'utilise que de la « récup ». Je prends un bac de type litière de chat. Je colle dans le fond un fil électrique chauffant acheté un jour dans une jardinerie. Je dispose au-dessus 2cm de gravier fin que je maintiens humide avec de l'eau de pluie. Je prends des petites barquettes en plastique de 3cm de haut, récupérées dans les emballages de plats préparés, par exemple. Je les troue pour favoriser l'écoulement de l'eau. Je les remplis de terreau de semis, je fais des lignes et je place une à une mes graines. Je dispose toutes ces petites barquettes dans le bac de gravier. Je fabrique ensuite un cadre en plexi glace de 20cm de haut, placé tout autour de mon bac. Je pose par-dessus une plaque de verre et le tour est joué ! J'ai une mini serre à moindre coût que je mets dans mon tunnel non chauffé, celui-là. Je conseille cette méthode au bricoleur qui a le temps et l'expérience. Débutant, s'abstenir. Il y a tellement de paramètres à surveiller (humidité, température, aération, maladies comme l'oïdium, stérilisation des barquettes...). Pour moi, c'est plus un plaisir qu'une économie. Je pourrais acheter mes plants en jardinerie mais je ne trouverais jamais des tomates de collection : j'en sème 200 variétés ! » | L'astuce d'Armand : « au dessus de la plaque de verre de ma mini-serre, je dépose un film noir en plastique jusqu'à la levée. Toutes les graines lèvent bien et en même temps ! » |
Gérard Housseman, correspondant local des JDF à Epehy (Somme) « Je rate, mais ça me plaît » « Dès le mois de décembre, mon terreau de semis est prêt : il est dans des caisses de polystyrène, placées dans la serre à température ambiante. Je ne commence les semis que fin février début mars avec des radis et des salades ; ça me permet d'échelonner dans le temps ma production. Le résultat est assez moyen. J'ai une serre que j'ai construite moi-même avec des tôles en plastique. Je la chauffe avec un chauffage électrique de temps en temps pour maintenir 5 à 6°C. S'il fait très froid, je couvre les terrines d'un voile d'hivernage et si besoin je laisse le chauffage toute la nuit. Beaucoup de mes semis filent ; je commence peut-être trop tôt... J'espère être meilleur cette année. Je me débrouille mieux avec les fleurs : daturas blancs, giroflées, marguerites, pois de senteur... Malgré tout, j'aime bien semer de bonne heure, c'est un plaisir de jardiner tôt et profiter de mes (quelques) légumes en primeur... »
Serge Chaillou, correspondant local des JDF de Tournon St Martin (Indre) « Pas de dépenses inutiles » « Je ne suis pas pressé. Je fais principalement du semis en pleine terre avec les légumes de saison et un peu de légumes du soleil (aubergines, poivrons, courgettes) en terrine dans une pièce aérée de la maison. Je ne suis pas tellement favorable aux semis précoces ; je n'ai pas de serre car pas le temps de m'en occuper. Les semis demandent un entretien régulier pour ne pas les louper. Je suis toujours en activité donc je sème quand j'ai le temps et je reporte si nécessaire. C'est ainsi que j'ai semé en juin des tomates St Pierre dans une jardinières pour rattraper mes premiers plants tous atteints d'une maladie. J'ai mangé de la tomate début octobre. Quoi qu'il en soit, quand on sème au bon moment, le retard est rattrapé. Les plants ne végètent pas et profitent rapidement de la lumière et de la chaleur dont ils ont besoin. En somme, j'ai l'impression de ne pas faire de dépense inutile et de jardiner à moindre frais ». Conclusion Les conditions pour réussir ses semis précoces sont minutieuses et pas toujours à la portée du débutant : température à surveiller sans cesse, compenser le manque de lumière des journées encore trop courte, gérer les arrosages, les maladies... « Moi, je sème clair en mai, je ne repique pas, ne traite pas, conclut Jean Rubod de Belley (Ain) ; si je veux des légumes précoces, je m'arrange avec mon voisin ». Bref, si vous n'avez pas de temps et d'argent à perdre, abstenez-vous. Semées au bon moment, vos plantes auront vite fait de rattraper le retard. 
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