Je me présente : puceron vert, de l'ordre des hémiptères. J'ai le corps mou en forme de poire et je ravage vos cultures.
Céline Delhaye
Si vous me cherchez, vous allez me trouver, le plus souvent sur une jeune pousse de rosier, riche en azote. Humm, cette sève, si sucrée quel régal. Avec mon petit appareil buccal, je perce le tissu tendre de la plante et j'aspire. Je ne mesure pas plus 4mm de long et pourtant je suis capable des pires dégâts sur les végétaux. Après une halte gourmande avec ma bande sur le dos de notre hôte (je déteste la solitude), les rosiers sont dé-fi-gu-rés ! Niak niak niak... J'ai des potes qui se sont spécialisés dans les poiriers et pommiers ; ils les affaiblissent pas mal. D'autres sont branchés cerisiers (les terribles blousons noirs) ; ils les engluent dans du miellat collant, ce liquide visqueux issu de nos excréments riche en sucres et en acides aminés. Les fourmis en sont raides-dingues. Eh ! Pas bête l'insecte : ok, on se laisse tripoter par les antennes des fourmis pour libérer notre miellat mais en échange, elles nous défendent des prédateurs. Business is business... 22, v'là les larves de coccinelles On redoute particulièrement ces grands machins velues ou à picots qui nous dévorent : les larves de coccinelles ; elles nous croquent, nous aspirent et nous jettent comme de vieilles pelures. Elles ont toujours faim, ces salles bêtes ! Elles avalent plus de 150 pucerons par jours. Elle est maline, la petite « pépée » en robe rouge (dommage qu'elle nous mange aussi). Elle repère notre colonie et pond ses œufs près de nous ; comme ça, dès la naissance, les larves ont leur déjeuner à portée de pattes. Je vous le dit, on vit une époque dangereuse. On est aussi très convoités des larves du syrphe, de la chrysope, des oiseaux... Et des jardiniers. Gare aux jardiniers ! C'est la pire espèce. Dès le mois de mai, ils pulvérisent... Vive la grande armada des produits chimiques ! Niak, niak, niak ! S'ils savaient que plus ils utilisent de produits chimiques, plus on s'adapte pour mieux résister. On est redoutable... Par contre, certains ont des méthodes qui ne nous font pas du bien : eau savonneuse, insecticide à base de pyrèthre, purin d'orties, d'absinthe, de fougères, de tanaisie. Pouah ! Y-en a même qui nous délogent au jet d'eau ! Reproduction à la chaîne ! Heureusement, les « pucerones » sont très prolifiques. Elles se multiplient à vitesse grand V. Une femelle donne naissance à une centaine de petites « pucerones » en une dizaine de jours. C'est pire que le travail à la chaîne. Imaginez : que des pisseuses ! Des copies de leur mère mais en plus petits. Vous vous dites, pour un mâle comme moi, c'est le paradis. Détrompez-vous : elles se reproduisent toute seule, sans être fécondées. Ca s'appelle la fécondation par parthénogénèse ou reproduction monoparentale, si vous préférez. C'est comme les poupées russes : une maman puceron développe dans son ventre sa fille, qui elle-même développe sa fille... Pas des « bêtes de sexe » D'ailleurs, on n'existe à peine dans cette société matriarcale : 12 générations de femelles pour une génération de mâle. Misère... C'est en automne, en fin de saison, qu'enfin elles daignent nous mettre au monde pour être fécondée. Un cadeau ? Pas du tout, c'est l'instinct de survie. On est juste là pour permettre à cette dernière génération de femelles de pondre des œufs, lesquels, contrairement aux bébés pucerons, vont résister au froid tout l'hiver. | Découvrez chaque mois des articles pédagogiques sur la vie du jardin dans votre magazine Pour nos jardins disponible en kiosque ou sur abonnement. |
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